VOLONTÉ ET SUCCESSION
ACTES DE COLLOQUES - 2 JUIN 2026 -
UNIVERSITÉ DE ROUEN
parue dans le guide Legs et Donations 2027
ÉTUDES
VOLONTÉ ET SUCCESSION Actes de colloques - 2 juin 2026 - Université de Rouen
Avant-propos,
par Elisabeth Rousseau
Pouvoir de
la volonté et dévolution légale,
par Quentin Guiguet-Schielé
Pouvoir de la
volonté et égalité des successibles
par Sandie Lacroix-de
Sousa
Pouvoir de la
volonté et choix de la loi applicable à la succession,
par Johanna Guillaumé
Être
réservataire,
par Sophie Gaudemet
La réduction
en valeur des libéralités excessives,
par Claude Brenner
La réserve
héréditaire et l’ordre public international,
par Michel
Farge
Les fonctions
de la volonté,
par Frédéric Douet
Anticiper le
règlement et la gestion,
par Emmanuel Delporte et Laurence Mauger-Vielpeau
Anticiper la
transmission et l’allotissement,
par Nathalie Baillon-Wirtz et Virginie Darmé-Longuet
« Anticiper
la transmission demain » : transmettre de nouveaux droits et de nouveaux
actifs
par Olivier Boudeville
Opter
par Quentin Monget et Pierre Lobadowsky
Cantonner :
quel pouvoir de la volonté ? par Anne Karm Rapport de synthèse
par Michel Grimaldi
PROPOS INTRODUCTIFS
1 - À la veille de l’adoption des lois du 3 décembre 2001 et du 23 juin 2006 de grandes
ambitions ont animé le législateur. La démarche globale était guidée par la volonté d’adapter la
matière aux évolutions de la société et d’apporter aux nouvelles aspirations les réponses
pertinentes, sans pour autant sacrifier les fondements de la matière. Il s’agissait de
simplifier le droit des successions et libéralités tout en garantissant l’adéquation de ses
dispositions à la réalité familiale, sociale et économique. Les réformes ainsi réalisées
devaient s’inscrire dans le temps en donnant une dimension nouvelle à la volonté en la matière.
La volonté s’appréhende ici dans son autonomie face à la loi pour régir la succession. Cette
place nouvelle accordée à la volonté doit alors être questionnée avec le recul des années. La
question pourrait se résumer en une affirmation : dis-moi quel est ton droit des successions et
je te dirai dans quelle société tu vis. La succession s’entend bien sûr de la transmission du
patrimoine d’une personne à son décès. Ce peut être, aussi, l’objet de cette transmission, le
patrimoine transmis.
1. La question de la place de la volonté
2 - Volonté du de cujus. – Quelle
que soit l’acception retenue, une interrogation fondamentale, et même politique, traverse la
matière. La succession doit-elle être réglée par la loi ou peut-elle relever de la volonté de
l’homme, même dans une certaine limite ? La réponse de principe est connue depuis longtemps. Il
ne s’agit pas de revenir sur l’habile transaction mise en place depuis 1804. Oui, la succession
peut être réglée en partie par la volonté de l’homme. Reste, et c’est là tout l’intérêt de ce
colloque, que les lignes ont sensiblement bougé depuis le Code civil, suivant en cela
l’évolution de la société elle-même. À ce titre les deux lois du 3 décembre 2001 et du 23 juin
2006 ont offert une dimension nouvelle à la volonté individuelle en la matière. Ses moyens
d’expression se sont diversifiés au fil du temps et des réformes, toujours vers plus
d’efficience dans le règlement de la succession.
3 - Volonté de l’héritier. – Ce n’est pas
seulement la volonté du de cujus qui est considérée. L’héritier, légal ou gratifié, a lui aussi
bénéficié de l’essor de la volonté en matière de succession. Plus qu’avant il peut influer sur
le sort de la succession et la place qu’il souhaite y prendre.
4 - Domaine de la volonté. – Ce
n’est pas seulement la dévolution de la succession qui relève au moins en partie de la volonté.
C’est aussi sa gestion et son partage, parfois par anticipation. Finalement c’est sur l’ensemble
du processus de règlement de la succession que la volonté des intéressés peut faire peser son
influence. La volonté n’est toutefois pas toute puissante.
5 - Etendue de la volonté. – Encore
aujourd’hui, en matière de succession il arrive que même s’il l’on veut, on ne peut pas
toujours. Si la place de la volonté est essentielle, elle ne régit la succession que dans le
périmètre qui lui est assigné. Le courant individualiste est fort, c’est indéniable. Il s’est
exprimé dans la réforme de la matière, principalement par la loi de 2006 ; mais aussi par le
traitement de l’autorité de la réserve héréditaire en droit international privé.
6 - Impact de
l’institution familiale. – La question du maintien des grands principes fondateurs de la matière
au regard de ces évolutions devait être abordée. Aussi, l’étude du rapport entre volonté et
succession est fondamentale. Elle est fondamentale s’il on veut bien admettre qu’aujourd’hui
encore la succession a une place essentielle dans la société en ce qu’elle est l’expression de
la fonction héréditaire de la famille. La succession est en ce sens un moyen d’identification,
un moyen de fonctionnement du groupe familial au sein de la société ; tout en garantissant une
certaine dynamique économique. C’est pourquoi les évolutions réclamées, réalisées ou attendues
sont significatives et disent beaucoup de l’évolution de la société.